Le rap est le nouveau rock. Les chiffres du streaming sont sans appel : cela fait des années que le hip-hop a damé le pion au son saturé des guitares. Pourtant, c’est bien le rock qui est le fil conducteur du nouvel et troisième album de Duckwrth. Pour ce collaborateur de Childish Gambino, Syd, Shaboozey ou encore Billie Eillish, c’est une façon de se réapproprier la musique dont il est fan depuis l’adolescence, et avec laquelle les Afro-Américains entretiennent une histoire compliquée. Duckwrth, de son vrai nom Jared Leonardo Lee, aime les histoires compliquées, comme celle de sa famille. “Mon père était musicien… Pianiste. Il écoutait énormément de gospel, Bob Marley, Miles Davis… On ne se parle plus, mais il paraît qu’il raconte partout que je lui dois mon don pour la musique (rires).” Sur son nouvel album, sobrement intitulé All American F*ckboy (sortie le 2 avril), le rappeur de 35 ans fait amende honorable et évoque sans fard (mais les yeux maquillés) ses comportements toxiques avec les femmes. Des ruptures en pagaille qu’il attribue au manque de (re)père dans son enfance. L’enfance, et si nous commencions par là ?
Mixte. Tu es originaire de South Central. En général, quand on parle de ce quartier de Los Angeles c’est pour dire qu’il s’agit d’un des endroits les plus violents des États-Unis. C’était comment de grandir là-bas ?
Duckwrth. C’était… intéressant ! Pas exactement la carte postale que les gens ont en tête quand il·elle·s pensent à Los Angeles, c’est certain. Mais même les trucs pas cool que j’ai vécus là-bas ont fait de moi un être humain meilleur. C’est un quartier majoritairement composé de personnes noires ou mexicaines. Beaucoup de familles nombreuses, beaucoup de culture… Ce quartier m’a donné une histoire qui m’anime encore aujourd’hui. Mais c’est vrai que dans les années 1990, il y avait énormément de violence entre gangs, de fusillades en voiture. Tu te baladais dans la rue et tu te faisais racketter. Et si tu te rebellais, tu te faisais défoncer la gueule. Ou pire. Très tôt, il a fallu que j’apprenne à naviguer pour survivre. Maintenant, quand quelqu’un essaie de me foutre la pression, lors d’une réunion d’affaires par exemple, je ne me laisse pas impressionner (rires). Je sais reconnaître un motherfucker quand j’en vois un.
M. Tu mélanges volontiers les styles musicaux : rock, rap, électro, RnB… La pureté en musique est devenue un gros mot ?
D. Je ne sais pas si la pureté est devenue un gros mot. En ce moment, j’entends des tas de groupes qui proposent un rap très East Coast, directement influencé par la période renaissance du hip-hop, et on les aime pour ça. Ceci étant, je pense qu’il est de plus en plus difficile de placer des artistes dans ces cases. C’est dur de me mettre une étiquette ! Je suis too much ! Il va falloir inventer de nouvelles catégories pour les types comme moi (rires). Plus sérieusement, je sais que les styles musicaux sont importants pour les playlists, les plateformes de streaming ou les Grammy Awards… Mais peut-être qu’il est temps de changer tout ça ? Par exemple, la colonne vertébrale de mon nouvel album, c’est le hard-rock. Sur certaines chansons, il y a de la guitare, pas mal de sons analogues… mais ça reste du hip hop !