M. Cette saison, de nombreuses marques et créateur·rice·s comme Bottega Veneta, Coperni ou Balenciaga, pour ne citer qu’elles, ont fait référence dans leur collection au concept d’enfant intérieur et à l’imaginaire enfantin. Pourquoi ce choix selon vous ?
I. A. Je pense que c’est lié au fait que l’enfance est généralement, dans les pays occidentaux, synonyme de bonheur, d’insouciance et d’innocence. C’est une sorte de sanctuaire, un lieu de rêve et d’émerveillement. Et ce sentiment résonne particulièrement avec les guerres, les conflits et les problèmes politiques actuels dans le monde. Je vois ça comme une réflexion globale sur le fait qu’on devrait peut-être tou·te·s songer à redevenir des enfants et essayer de s’émerveiller davantage.
M. Le problème, c’est que notre monde, et celui de la mode en particulier, ne sont pas aussi merveilleux que ça. Quelles sont les difficultés rencontrées – dont les gens n’ont pas toujours conscience – quand on dirige une jeune marque indépendante ?
D. A. Je dirais que le principal problème reste l’aspect financier. Même si tu commences à avoir du succès, il y aura toujours des problèmes d’argent. On a maintenant une dizaine de retailers et on est très reconnaissants. Mais ça ne veut pas dire que tout est réglé pour autant. On doit donc continuer à investir et trouver des moyens de générer des fonds afin de développer notre communauté, et nos ventes.
M. Cette saison, avec votre collection printemps-été 2025, vous vous êtes attelés à redéfinir les imprimés fleuris et les références florales avec des pièces surprenantes, certaines étant conçues comme des bouquets géants sur pattes. Vous n’aviez pas peur que votre propos soit trop “littéral” ?
D. A. La question nous a traversé l’esprit, mais on a justement choisi de la confronter et de l’assumer pleinement. L’idée est née alors qu’on réfléchissait ensemble, assis dans un super beau jardin. On parlait et on philosophait sur les choses de la vie, en se demandant à quoi pourrait ressembler notre jardin. De là, on est notamment allés chercher des références du côté de ma culture russe, qui me vient de ma mère. On y trouve beaucoup de motifs floraux, particulièrement chez les matriochkas. Ce côté très folklorique, c’est quelque chose qui est ancré en moi.
I. A. À partir de là, on a commencé à rassembler des inspirations pour nos moodboards. On avait une tonne d’images de fleurs partout dans nos locaux. C’est là que Camille, notre brand director, est venue nous voir pour nous demander si on était vraiment sûrs de vouloir faire des fleurs pour une collection printemps-été. Elle nous a même montré ce mème internet avec la célèbre réplique tirée du film “Le diable s’habille en Prada”, où la rédactrice en chef de Runway balance à ses équipes : “Florals ? For spring ? Groundbreaking” (“Des fleurs ? Pour le printemps ? Révolutionnaire”, ndlr). Ça nous a amusés et on a décidé d’y aller à fond. On a même plaisanté sur le sujet et fait référence à la scène du film lors de la promotion de la collection sur les réseaux sociaux.