1. LES HIGHLIGHTS DU PALMARÈS MODE
Cette année, le festival d’Hyères, fondé et dirigé par Jean-Pierre Blanc et présidé par Pascale Mussard, a fait fort puisqu’il a recruté certains des noms les plus en vue du moment pour présider ses jurys : à l’image du designer belge Nicolas Di Felice — D.A de Courrèges — pour la mode, le créateur finlandais Achilles Ion Gabriel, D.A de la marque Camper, pour l’accessoire, et la photographe espagnole Coco Capitán pour la photographie. Côté mode, le jury a choisi de consacrer le travail de l’Israëlien Dolev Elron qui a remporté le Grand Prix du Jury Première Vision avec sa collection “Casual Turbulence” qui revisite, entre autres, le denim de manière inattendue et originale. Le jeune créateur de 28 ans, diplômé du Shenkar college of Engineering, Design and Art de Tel Aviv et qui travaille actuellement chez Acne Studios, a séduit le jury et la presse grâce à sa recherche innovante dans la construction (et déconstruction) de vêtements qui semblent avoir subi une sorte de distorsion grâce notamment à l’utilisation de Photoshop : col du t-shirt excentré, zip du bomber incurvé en demi-cercle, bords du denim en vagues, rayures de la chemise tordues de façon psychédélique, bretelles de débardeur retournées sur elles-mêmes… Sharp et cohérente, la collection était la preuve qu’un jeune designer a tout à fait les capacités de garder l’équilibre parfait entre créatif, innovant, désirable, portable et juste ce qu’il faut de commercial.
Présidé par Nicolas Di Felice, le jury mode a aussi récompensé le Belge Romain Bichot, qui a reçu le prix « le 19M des Métiers d’art » et le prix « l’Atelier des matières », deux récompenses créées par Chanel respectivement en 2019 et 2022. Passé par l’école de La Cambre et actuellement embauché depuis juin chez Balenciaga au département couture, le designer bruxellois a conquis le jury grâce à une collection qui retrace une balade en ville en fin de soirée. Ainsi, ses vêtements intègrent les éléments typiques qu’on peut trouver dans la rue et sur le macadam : un cône de signalisation routière transforme l’épaule d’une veste tailleur orange fluo, un vieux matelas est enroulé autour du corps façon minirobe bustier, les broderies d’un tricot sont réalisées dans du fil réfléchissant et un grand sac en satin est inspirée d’une housse de pneu. Le tout sans oublier dans son ensemble une volonté de montrer des silhouettes féminines très chic, graphiques et pleines d’humour, dans lesquelles le concept de durabilité est poussé au maximum, à l’image de cette robe bustier à traîne conçue à partir d’une housse de voiture.
Le prix Mercedes-Benz du développement durable a quant à lui été décerné à l’Américain Logan Monroe Goff. À 23 ans, ce designer et grand technicien passionné par la recherche sur les matières, a proposé une collection mélangeant des influences tailoring avec l’univers de la moto propre à son héritage texan. Côté prix du public, c’est la Française Gaëlle Lang Halloo (39 ans) qui a obtenu la récompense grâce à une collection revisitant le sportswear 90’s, histoire de transformer la figure du BBoy en empereur romain. C’est d’ailleurs sur une bande-son jouissive (113 et Dj Mehdi – Prince de la ville) que les mannequins ont incarné la collection lors d’un défilé où ils ont tenu les murs et pris la pose avec attitude. Enfin, une mention spéciale du jury a été attribuée à l’Israélien Tal Maslavi (28 ans). Ce dernier s’est fait remarquer avec une collection entièrement basée sur le principe de l’hédonisme qui dévoilait des chaussures coupées comme une part de gâteau, une écharpe-serviette en chocolat blanc comestible (!), un débardeur parfumé, une minirobe en silicone conçue comme une coque anti-stress de téléphone ou encore un t-shirt collé sur la peau à la façon d’une décalcomanie.