Silhouette pour le Prix l’Atelier des Matières
de la candidate Gaëlle Lang Halloo.

Le 39e Festival international de mode, de photographie et d’accessoires d’Hyères s’est achevé ce dimanche 13 octobre avec la remise des récompenses à la Villa Noailles. Retour en 4 points sur une édition marquée par une belle énergie où l’esprit de fête, d’innovation et d’effervescence créative a résonné tout le weekend.

1. LES HIGHLIGHTS DU PALMARÈS MODE
Dolev Elron Hyères 2024.

Cette année, le festival d’Hyères, fondé et dirigé par Jean-Pierre Blanc et présidé par Pascale Mussard, a fait fort puisqu’il a recruté certains des noms les plus en vue du moment pour présider ses jurys : à l’image du designer belge Nicolas Di Felice — D.A de Courrèges — pour la mode, le créateur finlandais Achilles Ion Gabriel, D.A de la marque Camper, pour l’accessoire, et la photographe espagnole Coco Capitán pour la photographie. Côté mode, le jury a choisi de consacrer le travail de l’Israëlien Dolev Elron qui a remporté le Grand Prix du Jury Première Vision avec sa collection “Casual Turbulence” qui revisite, entre autres, le denim de manière inattendue et originale. Le jeune créateur de 28 ans, diplômé du Shenkar college of Engineering, Design and Art de Tel Aviv et qui travaille actuellement chez Acne Studios, a séduit le jury et la presse grâce à sa recherche innovante dans la construction (et déconstruction) de vêtements qui semblent avoir subi une sorte de distorsion grâce notamment à l’utilisation de Photoshop : col du t-shirt excentré, zip du bomber incurvé en demi-cercle, bords du denim en vagues, rayures de la chemise tordues de façon psychédélique, bretelles de débardeur retournées sur elles-mêmes… Sharp et cohérente, la collection était la preuve qu’un jeune designer a tout à fait les capacités de garder l’équilibre parfait entre créatif, innovant, désirable, portable et juste ce qu’il faut de commercial.

Romain Bichot Hyères 2024.

Présidé par Nicolas Di Felice, le jury mode a aussi récompensé le Belge Romain Bichot, qui a reçu le prix « le 19M des Métiers d’art » et le prix « l’Atelier des matières », deux récompenses créées par Chanel respectivement en 2019 et 2022. Passé par l’école de La Cambre et actuellement embauché depuis juin chez Balenciaga au département couture, le designer bruxellois a conquis le jury grâce à une collection qui retrace une balade en ville en fin de soirée. Ainsi, ses vêtements intègrent les éléments typiques qu’on peut trouver dans la rue et sur le macadam : un cône de signalisation routière transforme l’épaule d’une veste tailleur orange fluo, un vieux matelas est enroulé autour du corps façon minirobe bustier, les broderies d’un tricot sont réalisées dans du fil réfléchissant et un grand sac en satin est inspirée d’une housse de pneu. Le tout sans oublier dans son ensemble une volonté de montrer des silhouettes féminines très chic, graphiques et pleines d’humour, dans lesquelles le concept de durabilité est poussé au maximum, à l’image de cette robe bustier à traîne conçue à partir d’une housse de voiture.

Gaëlle Lang Halloo Hyères 2024.

Le prix Mercedes-Benz du développement durable a quant à lui été décerné à l’Américain Logan Monroe Goff. À 23 ans, ce designer et grand technicien passionné par la recherche sur les matières, a proposé une collection mélangeant des influences tailoring avec l’univers de la moto propre à son héritage texan. Côté prix du public, c’est la Française Gaëlle Lang Halloo (39 ans) qui a obtenu la récompense grâce à une collection revisitant le sportswear 90’s, histoire de transformer la figure du BBoy en empereur romain. C’est d’ailleurs sur une bande-son jouissive (113 et Dj Mehdi – Prince de la ville) que les mannequins ont incarné la collection lors d’un défilé où ils ont tenu les murs et pris la pose avec attitude. Enfin, une mention spéciale du jury a été attribuée à l’Israélien Tal Maslavi (28 ans). Ce dernier s’est fait remarquer avec une collection entièrement basée sur le principe de l’hédonisme qui dévoilait des chaussures coupées comme une part de gâteau, une écharpe-serviette en chocolat blanc comestible (!), un débardeur parfumé, une minirobe en silicone conçue comme une coque anti-stress de téléphone ou encore un t-shirt collé sur la peau à la façon d’une décalcomanie.

Tal Maslavi Hyères 2024.
2. LES LAURÉAT·E·S ACCESSOIRES ET PHOTOGRAPHIE
Chiyang Duan, grand prix du Jury Accessoires
Clara Besnard, Prix Hermès des Accessoires.

Pour ce qui des accessoires de mode, le Grand Prix du Jury, présidé cette année par Achilles Ion Gabriel, a été décerné au Chinois Chiyang Duan, originaire de Hunan. Âgé de 28 ans, ce dernier diplômé en mode auprès du Royal College of Art s’est distingué par sa recherche expérimentale, notamment à travers les verres de lunettes au formes insolites composées d’un verre unique qui se tord en son milieu. Pour le prix Hermès des Accessoires, promu par la marque depuis 2020, c’est la Française Clara Besnard (24 ans), formée à La Cambre en design d’accessoires, qui a été récompensée. Originaire du Mans et vivant à Bruxelles, la jeune créatrice a proposé des accessoires conçus à partir de lunettes usées et récupérées puis transformées en sorte de masques et de bijoux. Enfin, la Suisse Camille Combremont (27 ans), formée à l’HEAD à Genève, a été distinguée par une mention spéciale du jury, grâce à sa panoplie originale conçue autour de l’univers du camping, alors que la Mexicaine Maria Nava (29 ans), formée au Royal college of art, a reçu le prix du public avec ses créations mêlant des matières insolites et avec de la haute technologie.

Camille Combremont, mention spéciale du Jury.
Maria Nava, Prix du Public.

Last but not least, le jury photo présidée par Coco Capitàn, a remis à Arhant Shrestha le Grand Prix 7L. Il est ainsi le premier népalais à venir exposer à la Villa Noailles. De quoi émouvoir le jury qui a été séduit par son travail et sa vision saisissante de son enfance népalaise au travers de son objectif. Pour finir, c’est le Français Basile Pelletier qui a remporté le prix American Vintage, alors que le Britannique Thomas Duffield a reçu une mention spéciale du jury et le Français Clément Boudet a lui gagné le prix du public.

Arhant Shrestha, Grand Prix 7L de la Photographie.
Basile Pelletier, Prix American Vintage
Thomas Duffield, mention spéciale du Jury.
Clément Boudet, Prix du Public.
3. Premiere Classe en première place
Exposition “Formers”, organisée et curatée par Premiere Classe à la Villa Romaine, crédit Luc Bertrand.

Partenaire du Festival d’Hyères depuis 2017, Premiere Classe a investi cette saison les murs de la Villa Romaine afin d’y présenter “Formers”, une exposition mettant en avant le travail des ancien·ne·s candidat·e·s et lauréat·e·s mode et accessoires du festival. Signée Paul Bonlarron, la scénographie mettait en lumière les créations les plus emblématiques de ces “formers” passé·e·s par la Villa Noailles, à l’image d’Ester Manas, Marianna Ladreyt, Lucille Thievre, Emma Bruschi, Christoph Rumpf ou encore Meriem Nour. Pour Frédéric Maus, PDG de WSN (organisateur des salons Premiere Classe), il s’agissait avec cet événement de renforcer leur participation et leur soutien au Festival tout en célébrant la jeune création, cœur de cet événement : “L’idée de ‘Formers’ était de montrer qu’après avoir participé à Hyères, il y a toute une histoire qui s’écrit pour les jeunes designers. Aller puiser dans les archives de la Villa Noailles, c’était donc une façon de montrer la richesse et l’évolution du festival en termes de création mais aussi en termes de business”.

Exposition “Formers”, organisée et curatée par Premiere Classe à la Villa Romaine, crédit Luc Bertrand.
Exposition “Formers”, organisée et curatée par Premiere Classe à la Villa Romaine, crédit Luc Bertrand.

”C’est ce qui correspond à notre ADN finalement, ajoute Frédéric Maus. Car le but du salon Premiere Classe depuis bientôt 36 ans, c’est de donner une rampe de lancement aux créateur·rice·s pour rencontrer les acheteur·se·s et faire grandir leur marque. Premiere Classe c’est un peu le pont dont le Festival d’Hyères a besoin pour faire le lien entre création et commercial”. En effet, comme le rappelle le PDG de WSN, Premiere Classe est le premier salon dédié à la jeune création, puisque 80% de ses exposant·e·s sont de jeunes designers venu·e·s y expliquer leur démarche. Bref, avec “Formers”, le partenaire incontournable du Festival d’Hyères vient d’ajouter une pierre à l’édifice de la jeune création, lui qui était déjà connu pour avoir créé et organisé le fameux cocktail d’ouverture à la Villa Grenadine.

Exposition “Formers”, organisée et curatée par Premiere Classe à la Villa Romaine, crédit Luc Bertrand.

A l’origine une soirée annexe ou “pirate” comme aime à la qualifier avec humour Frédéric Maus, PDG de WSN, le cocktail de Premiere Classe est devenu en seulement quelques éditions LA soirée d’ouverture du Festival où tout le monde se presse pour aller danser et s’enjailler autour d’une piscine sur les hauteurs d’Hyères. Et cette saison, histoire d’ambiancer la plèbe mode, l’équipe WSN a choisi d’inviter les Djs La Baronne — figure des soirées marseillaises — et Ntwan, aka Antoine Leclerc-Mougne, le rédacteur en chef de Mixte. Autant dire que tout le monde était chauffé à blanc pour enchaîner avec la soirée Konbini Airlines organisée juste après à l’Aéroport.

Ntwan (aka Antoine Leclerc-Mougne, rédacteur en chef de Mixte), crédit Clément Harpillard.
Cocktail d’ouverture Premiere Classe, Villa Grenadine, crédit Clément Harpillard.
La Baronne, crédit Clément Harpillard.
4. Courrèges mis à l’honneur

Président du Jury mode et invité d’honneur du Festival, Nicolas di Felice, directeur artistique de Courrèges, est désormais connu du grand public pour avoir ravivé cette belle endormie juste après le grand confinement de 2020. Passé par le studio Louis Vuitton sous la direction de Nicolas Ghesquière, Nicolas Di Felice a réussi en l’espace de quatre ans a changé le fashion game parisien en imposant Courrèges comme l’une des marques les plus en vue du moment grâce à ses collections faisant le pont parfait entre l’héritage de la maison française et sa vision ultra-sharp, moderne, sexy et juste ce qu’il faut de minimaliste. Un travail mis à l’honneur notamment mis à l’honneur au travers de l’exposition Courrèges qui lui était consacré à la piscine de la Villa Noailles ainsi que de la Masterclass modérée par Mel Ottenberg, rédacteur en chef d’interview, dans laquelle le créateur belge est revenu avec poésie et bonne humeur sur son parcours, son processus créatif et son amour pour la club culture.

Expo Courrèges à la Villa Noailles, Hyères 2024, crédit Luc Bertrand.
Expo Courrèges à la Villa Noailles, Hyères 2024, crédit Luc Bertrand.

D’ailleurs, en parlant de piscine et de club culture, c’est justement dans une autre piscine, celle d’une thalassothérapie laissée à l’abandon sur les bords de mer de La Capte près d’Hyères, que Nicolas di Felice a décidé d’organiser sa fameuse soirée Club Courrèges où résonne le meilleur de la tech-house du moment. Normalement programmée à chaque fashion week parisienne du prêt-à-porter féminin, la soirée a exceptionnellement investi le Festival. De quoi marquer tous les esprits (elle restera dans les annales selon Jean-Pierre Blanc lui-même) grâce à un lieu inédit et un line-up de folie composé d’un set Erwan Sene — ami de longue date de Nicolas di Felice et sound designer des défilés Courrèges — et d’un B2B entre les superbes Djs ISAbella et Gabrielle Kwarteng. On a encore du mal à s’en remettre.

Soirée Courrèges (juillet 2022), crédit Cha Gonzalez.