La guerre des étoiles
Dès 2000, le fondateur d’Amazon crée sa société d’astronautique, Blue Origin. À l’occasion de son premier tour en fusée maison, il porte des santiags marron et une combi d’astronaute bleu denim, mi-Woody mi-Buzz l’Éclair, afin de se montrer prêt à domestiquer ce nouveau Far West que serait le tourisme spatial. Plus récemment, en 2023 pour un photoshoot dans le numéro de décembre de Vogue US, il a ressorti son Stetson pour marteler le message : c’est bien lui, le cowboy de l’espace. Une manière de se positionner comme plus accessible et roots que son rival, Elon Musk, dont l’image est plutôt celle du geek antipathique. Si Jeff Bezos envoie lui aussi des milliers de satellites pour connecter à internet les zones terrestres les plus reculées, il ambitionne surtout de construire des colonies flottantes où des millions de personnes pourraient vivre et travailler selon sa vision de l’espace pour tous. Une utopie border ? Elon Musk, lui, souhaite offrir à seulement quelques happy few l’honneur de coloniser Mars. Via sa société SpaceX, fondée en 2002 et valorisée à 180 milliards de dollars fin 2023, il vient de réaliser 107 lancements spatiaux, un record historique permis par sa fusée Falcon 9. Ainsi, Musk reste le leader de la course aux étoiles, notamment depuis que Starlink, une constellation comptant plus de 5 000 satellites, offre l’internet haut débit à plus de deux millions de clients sur Terre. En 2025, la Nasa devrait même compter sur la gigafusée Starship de SpaceX pour poser quatre astronautes sur la Lune. Même si ce projet risque de prendre du retard, il confirme tout de même le positionnement d’Elon Musk comme l’éminence de l’espace, loin devant Jeff Bezos. Tandis que le cowboy et le geek rejouent Star Wars pour le plus grand plaisir du soft power des États-Unis, la Chine les talonne, suivie par la Russie, l’Océanie et l’Inde.